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Statistiques : le football Big Brother

Data, chiffres, statistiques… Ces termes investissent tous les champs, et le football ne fait pas exception. Quelles sont ces données et comment sont-elles collectées ? Qui en a l’usage et comment modifient-elles la perception du jeu ? Explications.

 

Les stats, des “arguments” pour le public,
un outil capital pour les pros

 

L’homme est une machine. Ce pourrait être les premiers mots d’un roman d’anticipation ou ceux, goguenards, d’un philosophe désabusé. Pas ceux qu’on imagine gravés dans le béton des stades de football et les façades lustrées de sièges sociaux, entre maillots vintage et blasons grand format. Et pourtant… Dans l’optimisation tayloriste de la performance, le football devient, de plus en plus, une somme de chiffres, de données, de data, qu’on construit et déconstruit à la demande des clubs et du public. L’objectif ? Maîtriser, en nommant et en quantifiant la moindre action, ce qui semble, à première vue, incontrôlable. Avec, comme enjeu, de prévoir le comportement d’un joueur sur le terrain, sa réussite et ses échecs ; comprendre ce qu’il peut avoir à faire pour intégrer un collectif et transformer ces échecs en réussites.

 

Les yeux et les mains de free-lances relèvent chaque action d’un match

La machine qui détaille ces informations par milliers ? L’homme. Oui, ce sont des centaines et des centaines de petites mains qui scrutent les matchs de football et notent chaque passe, chaque tacle, chaque dribble, chaque duel, la frappe, le pied de frappe, la zone de tir, la zone atteinte… le temps de secondes frénétiques. Dans des bureaux aux écrans alignés, règne de la vivacité polychrone où l’œil scrute et anticipe tandis que la main clique sans cesse, ce sont souvent des jeunes, passionnés de foot et gamers à leurs heures perdues, qui alimentent des bases de données monstrueuses.

Et qui travaillent pour des noms bien connus, tels Opta ou Prozone (aujourd’hui racheté par STATS). Des entités qui ont compris que la data raconterait les histoires de demain.

Pour les anglophones :

« Chaque analyste est responsable d’un club et le suivra tout au long de la saison, explique Kevin Jeffries, statisticien chez Opta, dans une interview pour Buzzles en janvier dernier. Il y a deux analystes par rencontre, qui rentrent manuellement dans notre base de données tous les événements d’une rencontre. Un travail titanesque. […] Un troisième est présent pour s’assurer qu’ils ne manquent aucun événement ou pour en corriger, comme un superviseur. » Combien y a-t-il de ces événements dans un match de football ? En moyenne, 1 900. Et Jeffries d’ajouter : « Ce sont de vraies machines. »

Le mot est lâché.

 

Une précision quasi-parfaite sur près de 2 000 événements par match

Dans un article pour FiveThirtyEight, en 2014, le journaliste Carl Bialik raconte le quotidien de Khalid Hussain, l’une de ces petites mains, devenue manager chez Opta par la suite : « Hussain couvrait 10 à 15 matchs par semaine durant la saison de Premier League. Sa mission première était de suivre les matchs d’Arsenal, mais il travaillait également quatre nuits par semaine à couvrir des rencontres du monde entier. Une fois, il a pris en charge six matchs dans la journée. “Je suis rentré chez moi dans un sale état”, m’a-t-il confié. » On l’imagine sans peine le teint cireux et les yeux éclatés après avoir scruté les allées et venues d’un ballon pendant des heures. Pas facile.

Pour autant, Opta ne semble pas pousser à la surproduction. D’une part, les analystes, souvent des travailleurs indépendants payés au match, peuvent avoir un job ou faire des études à côté. D’autre part, la coordination oeil/main doit tutoyer la perfection : « En direct, nous recherchons 90 % de précision », expliquait Franck Bamwo, un responsable, dans un article pour Ouest-France.

 

La machine va encore plus loin…

La perfection, c’est l’inénarrable défi que seule la machine, la vraie, semble pouvoir relever. Pas pour rien que la collecte de ces statistiques met déjà nos Wall-E de service à contribution. Ce sont des puces glissées dans les chaussures qui calculent les kilomètres parcourus, tracent les courses et leur vitesse. Ou des capteurs qu’on « greffe » au torse des athlètes afin d’avoir une data-visualisation du moindre de leurs efforts, mouvements et réponses corporelles. Toute l’activité d’une société telle que Catapult Sports, partenaire, en Ligue 1, du Paris Saint-Germain. Ou encore de Goaltime, créatrice d’un système abouti qui compile mesures « physiques » et « techniques ». Un capteur équipe la cheville de chaque sportif et transmet des données sur les réseaux de passes, les tirs, les sprints, etc. Le tout exploitable via une appli… en temps réel ! À l’origine destinée aux éducateurs des clubs amateurs, la technologie a notamment séduit les Crocos nîmois, qui en tireront profit en L1 la saison prochaine. Et pour ceux qui voudraient l’utiliser à l’urban ou même lors de parties entre potes, un peu de patience : une version « grand public » sera disponible prochainement…

Ce sont enfin des solutions capables de transcrire en data les évolutions des joueurs sur un terrain à partir d’images vidéos, comme Sentiosports peut le proposer avec son Sentioscope. Ou Footovision, qui parvient à surmonter la problématique de l’image imprévue, filmée selon différents angles, comprise et lue par un logiciel.

« En partant simplement des matchs à la télé, on est capables d’extraire la position des joueurs à chaque moment avec notre logiciel de tracking, détaille Pierre Miralles, l’un des fondateurs, pour Numerama. On fait également ce qu’est déjà capable de faire le marché, à savoir renseigner sur le nombre de passes, de ballons touchés… Grâce à cela, on obtient vraiment le jeu vidéo du match et on peut faire toutes les analyses possibles et imaginables. »

 

Les cibles de ces stats ? Les clubs et les médias

La demande le réclame. Celle des clubs, qui s’adressent à Opta, Stats ou Catapult Sports pour comprendre le comportement de leurs joueurs sur le terrain, interpréter des schémas ponctuels ou récurrents, anticiper et éviter des blessures, envisager un recrutement. Celle des médias, qu’il s’agisse de plateformes d’information ou uniquement statistiques : « Les journalistes s’en servent pour compléter leurs papiers et appuyer leurs propos, confirme Kevin Jeffries. Les clubs peuvent s’en servir pour analyser leurs performances, observer différemment leurs adversaires ou pour le recrutement. » Opta vend des stats et leurs analyses pointues à des clubs qui en font la demande ; mais aussi des « facts », des faits chiffrés notables. Les histoires d’aujourd’hui, les histoires de demain.

 

Mais si l’homme, qu’étudie la machine, étudie la machine pour mieux comprendre l’homme et la machine à la fois, il demeurera toujours ce machin qui échappe à la compréhension : un retourné acrobatique de Cristiano Ronaldo face à Gigi Buffon en quart de finale de la Ligue des Champions ; un coup de boule légendaire de Zinédine Zidane en finale de Coupe du Monde ; une remontada barcelonaise dont l’absurdité n’a d’égale que la béance stupéfaite ou le traumatisme infligé, selon qu’on est observateur, passionné ou simple supporter. En somme… l’émotion.

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