Youri Djorkaeff : dans l’ombre de Zidane

Champion du monde en 1998 et vainqueur de l’Euro 2000 avec les Bleus, Youri Djorkaeff était le pendant de Zinédine Zidane en EDF. Moins performant que le Ballon d’Or 1998 sur la durée, mais capable d’actions et de gestes géniaux, le Snake était un footballeur à part qui n’est, aujourd’hui, pas reconnu à sa juste valeur.

Passe D va tenter une réhabilitation

Numéro 6 dans le dos, Youri Djorkaeff fait un appel vers la surface adversaire mais son coéquipier intériste préfère envoyer une frappe moyenne sur le gardien de la Roma, qui repousse sur son défenseur, lequel dégage n’importe comment. Le ballon file en l’air et c’est à ce moment-là que l’incompétence totale qui régnait dans cette action de jeu prend fin. Le Snake s’élève dans les airs et, pratiquement à l’horizontale, envoie le ballon dans la lucarne opposée d’une retournée puissante. Djorkaeff vient assurément de marquer le plus beau but de sa carrière.


A cette époque, en 1997, le Français de 29 ans évolue dans la ligue la plus relevée du monde, la Serie A, tout comme bon nombre des meilleurs footballeurs de la planète, dont quelques compatriotes – Desailly, Thuram, Deschamps. Zidane est, lui, à la Juventus, le grand rival. En Italie, le Snake est d’abord finaliste de la Coupe UEFA, avant de la gagner l’année d’après contre la Lazio, grâce à un effectif de stars – Ronaldo, Ivan Zamorano… – dans lequel il s’impose.
C’est la seconde fois que Djorkaeff soulève une coupe d’Europe, après la Coupe des Coupes remportée en 1996 avec le PSG, pour sa seule saison dans la capitale française – comme quoi, gagner une coupe européenne avec Paris, c’est possible. Contrairement à Zizou, qui n’a joué que pour quatre équipes pendant au moins quatre saisons à chaque fois, Youri a, lui, eu la bougeotte.
S’il est associé dans l’esprit du plus grand nombre à l’Inter, où il a en réalité passé peu de temps – 3 saisons –, le 9 et demi a beaucoup vadrouillé, parfois dans des clubs peu huppés et pas réellement de son calibre.

Fils de Jean Djorkaeff, ancien capitaine des Bleus, Youri Djorkaeff fait ses classes pendant plusieurs saisons en D2, à Grenoble, où il est capitaine à 18 ans, et à Strasbourg. Très talentueux, le joueur découvre la D1 à 21 ans, avec l’AS Monaco. Sous les ordres d’Arsène Wenger, qui lui apprend les « exigences » à avoir sur le terrain, le Snake s’élève et devient même le meilleur buteur du championnat lors de la saison 1993-1994, avec 20 pions en 35 rencontres.
Il est tellement fort qu’il invente un poste : ni avant-centre, ni meneur, mais neuf et demi. Après cinq années sur le Rocher, il brille un an à Paris, file à l’Inter pour ses meilleures années de footballeurs, puis entame la fin de sa carrière, à 30 ans, en rejoignant le promu Kaiserslautern. Admiré en Bundesliga la première année, il est freiné par des blessures, puis part découvrir l’Angleterre – Bolton, Blackburn – de manière anecdotique, avant de terminer plutôt anonymement en MLS.

Ses changements incessants ne l’ont pas aidé à se forger le palmarès d’un Zizou en club, d’où manque notamment la Ligue des Champions, qu’il n’a joué… que deux saisons.
A l’évidence, en sélection c’est totalement le contraire, notamment grâce à Aimé Jacquet, son « Dieu », qui a perçu très tôt le talent de Youri… et de Zizou. Au point d’annoncer aux deux joueurs d’alors 26 et 22 ans qu’il compte leur confier les clés de l’équipe de France, au détriment de Jean-Pierre Papin (31 ans), Eric Cantona (28 ans) ou David Ginola (27 ans). Et cela dès son introduction en tant que sélectionneur, en 1994. Visionnaire, Aimé. Surtout que, de 94 à 98, le Snake sauve plusieurs fois la tête de son sélectionneur en marquant… 17 buts. Bel exploit, car à cette époque, la France n’en mettait pas beaucoup des buts : c’était la reine des 0-0.
Statistiquement en retrait durant le Mondial 98 – 1 pion -, Youri est important dans l’animation offensive de l’équipe et délivre quelques passes décisives, dont une à Thuram en demi et une autre à Zizou en finale. Il est de l’aventure à l’Euro 2000, au sein d’une équipe de France étourdissante, qui l’est moins en 2002, année de sa retraite internationale.
Légende de l’Inter et acteur majeur de la meilleure période de l’histoire de l’équipe de France, Youri Djorkaeff a été dans l’ombre de Zinédine Zidane… après 1998. Avant ? C’était lui, l’homme providentiel des Bleus.

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