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Joueurs proprios : mégalo ou grand coeur ?

Il fut un temps où les joueurs n’étaient « que » des joueurs. Une époque où la circonscription d’un rectangle vert suffisait à réaliser, pleinement, la carrière d’un footballeur. Puis la mondialisation a laissé entrevoir de nouveaux horizons, et ouvert la porte aux dépassements de fonctions. La tendance est à la création et reprise de club pour d’anciennes gloires du ballon rond comme David Beckham ou Ronaldo. Mais d’autres font mieux en restant en activité sur le terrain. On connaissait la double casquette entraîneur-joueur, certains vont plus loin en endossant le costume de joueur-propriétaire.



Ou comment bien dépenser son argent… Enfin presque


Gervinho, propriétaire du Colombe Abobo, là où tout a commencé

Prenez une accélération exceptionnelle, un pied droit souvent chirurgical, ajoutez-y un bandeau emblématique, des dreadlocks remuant sur une calvitie apparente dès l’âge de 20 ans… vous obtiendrez Gervinho. À présent, complétez la recette par un retour très prometteur sous le maillot de Parme et l’acquisition de son club d’enfance… Vous obtiendrez toujours Gervinho. En grand seigneur, l’ailier n’oublie pas ses racines et revient aux sources, celles de son club formateur. Une obscure équipe d’Abidjan, introuvable sur « Football Manager », aux infrastructures rudimentaires, pour lequel le joueur œuvre à distance afin d’accomplir d’ambitieux objectifs. À commencer par la montée en première division –actuellement, c’est la Ligue 3 ivoirienne–et la construction de structures de formation de qualité. Des intentions a priori louables donc, sauf que sa carrière l’a prouvé, Gervinho est volatile. Pourvu qu’il déploie réellement ses ailes afin que ce projet ne reste pas à l’état embryonnaire. Et qu’il puisse générer d’autres « Petits Gervais »…

 

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Didier Drogba, au four et au moulin du Phoenix Rising

Idole éternelle sur la Canebière, élu « meilleur joueur de tous les temps » à Chelsea, meilleur buteur de l’histoire de la Côte d’Ivoire… Bon, la CAN lui a échappé deux fois en finale, mais en dehors de ce petit détail, quel exploit lui reste-t-il à accomplir ? Lancer sa marque de fringues ? Trop simple. Marcher sur l’eau et dupliquer les pains ? Pas facile mais déjà fait. L’Ivoirien a donc trouvé mieux, à savoir œuvrer pour le développement du « soccer » américain. Le néo-quarantenaire a toujours été un homme de challenge. Et sa dernière lubie, offrir à Phoenix sa franchise de MLS, plaide en ce sens. Pour ce faire, Didier Drogba est devenu l’heureux propriétaire du Phoenix Rising (actuellement en USL, 2e division nord-américaine) en compagnie de Pete Wentz, bassiste du groupe Fall Out Boy, du musicien Diplo et de Brandon McCarthy, lanceur des Los Angeles Dodgers. Par ailleurs, l’ivoirien ne se contente pas d’être uniquement au board de ce projet : il chausse ses crampons depuis 2017, sous les ordres de Patrice Carteron, seul coach au monde à décider de la titularisation ou non de son président. Quoi qu’il en soit, la gloire africaine n’est ni un intermittent du spectacle ni un figurant, et compte déjà 14 buts en 20 matchs depuis son arrivée. Comme quoi, il n’est pas le seul DD à faire des miracles.

 

Nicolas Anelka, le pétard mouillé au Royal Géants Athois

Qui peut le plus peut le moins… et hélas, Nicolas Anelka nous l’aura tant montré. Brillant, presque surdoué du foot, il ne restera de lui que le souvenir d’une carrière sinusoïdale, jalonnée d’exploits, de désillusions, de Knysna et de quenelles. Plutôt discret depuis 2014, après des passages furtifs à Shanghai –où il fut entraîneur-joueur–, à la Juve et à West Brom, le Francilien a terminé sa carrière dans le club indien de Mumbai City. C’est d’ailleurs au cours de son ultime saison en Inde qu’il achète parallèlement le Royal Géants Athois, contre un chèque de 320 000 euros. La petite équipe de la banlieue de Charleroi, engluée en 4e division belge, survit plus qu’elle ne vit. Pourtant, l’attaquant semble miséricordieux et prend son rôle à cœur en recrutant plusieurs joueurs pour lesquels il assume l’ensemble des dépenses (logement, repas). Sans stade fixe, en proie à de nombreux problèmes financiers malgré les fonds injectés par l’ex-Bleu, le club déclare forfait lors de plusieurs matchs au cours de la saison. La fédé belge prononce ensuite le forfait général, puis la radiation en juin 2016. Anelka, ou l’histoire qui fait toujours pschitt.

 

Le FC Kallon de Mohamed Kallon : melon… et surtout chapeau !

Aux pays des diamants, Mohamed Kallon s’est mué en dénicheur de pépites. La légende retiendra l’ascension avortée d’un joueur vagabond, passé par le Liban, la Suède, la Suisse, l’Italie (un peu partout…), Monaco, l’Arabie saoudite, la Grèce, les Émirats, la Chine, l’Inde… En revanche, l’histoire n’oubliera pas le retour en grâce d’un héros national au sein du club des Real Republicans, qu’il rachète en 2002 pour une poignée de dollars (30 000). Il le rebaptise FC Kallon et devient, pendant un temps, joueur-président. Un brin mégalo, mais surtout missionné par un projet humain et sportif, l’ex-international a l’ambition de venir en aide aux espoirs de son pays. Et notamment de ses jeunes footballeurs, en leur offrant un faisceau d’exposition suffisamment lumineux pour devenir un passeport d’entrée vers l’Europe. Aux mots les actes, le club remporte le titre national en 2006 et, à la faveur d’un carnet d’adresses bien garni, plusieurs pensionnaires du FC Kallon s’exportent aux quatre coins de l’Europe. Un tremplin dont bénéficieront par exemple Rodney Strasser (AC Milan puis Reggina), Mohamed Bangura (à l’AIK Solna) ou encore Teteh Bangura (trois saisons à Bursaspor). Le FC Kallon, plus qu’un club, donc, une initiative salvatrice hélas au point mort : la fédération sierra-léonaise, enlisée dans une profonde crise, n’organise plus de championnat depuis 2014.

 

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À quand l’AS Bondy racheté par Kylian Mbappé ? Qui sait, il pourrait même venir y planter quelques pions s’il s’ennuie trop au PSG…

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