Lacazette, Lenglet, Ben Yedder : leurs absences sont-elles injustes ?


La liste que Didier Deschamps a dévoilé la semaine dernière pour les matchs contre la Moldavie, demain, et contre l’Islande, lundi soir, a drainé comme souvent son lot de commentaires négatifs. Certaines absences – et, fatalement, certaines présences – ont particulièrement surpris.



Où sont passés Lacazette, Lenglet et Ben Yedder


On le sait, le sélectionneur de l’équipe de France met constamment en avant, lors de ses points presse, la « logique de groupe », comme il la nomme. Celle-ci, qui a bon dos, justifie que des joueurs qui peuvent être périodiquement ou plus longuement en méforme soient présents de manière continue aux rassemblements de l’équipe de France. Bon, cette fameuse logique ne l’a pas poussé à sélectionner l’ambianceur du Mondial 2018, Adil Rami, faut pas abuser non plus. Mais certains sont tout le temps là, quoi qu’ils fassent. Prenez Moussa Sissoko. Joueur autant physique et polyvalent que rustre techniquement, le milieu de Tottenham n’est certes pas un mauvais footballeur, mais il ne serait très certainement pas en équipe de France si un autre sélectionneur était en place. Pourtant, il est un homme de base de Didier Deschamps depuis le début de son mandat, en 2012. S’il a disparu quelques fois des listes du sélectionneur, c’est seulement à cause de son manque de temps de jeu, particulièrement l’an dernier. Plus régulier dans le onze des Spurs cette saison, bien qu’il ait des stats anonymes pour un milieu droit – 0 but, 2 passes décisives cette saison -, Moussa Sissoko est de retour dans le groupe et ne devrait pas le quitter de si tôt.

Si sa présence peut actuellement se justifier, vu qu’il joue régulièrement dans la troisième meilleure équipe de Premier League, celle d’autres éléments interpelle déjà un peu plus. Steve Mandanda, méconnaissable physiquement et dans ses performances depuis le début de la saison avec l’OM, est toujours le deuxième gardien dans la hiérarchie chez les Bleus. Thomas Lemar, appelé pour pallier le forfait d’Anthony Martial, rate sa saison avec l’Atlético Madrid – 2 buts, 1 passe décisive TTC -, après avoir déjà baissé de niveau lors de sa dernière saison à l’AS Monaco. Djibril Sidibé, lui, n’a jamais quitté l’équipe de France depuis la fin du Mondial, alors qu’il évolue chez le 16e de L1, et qu’il a des concurrents qui sont plus en forme que lui – le Strasbourgeois Kenny Lala, le Lyonnais Léo Dubois, le Montpelliérain Ruben Aguilar.

On peut même évoquer le futur munichois Benjamin Pavard, qui se bat pour la relégation avec Stuttgart, ou évidemment Olivier Giroud. Le remplaçant d’Alvaro Morata, puis d’un Eden Hazard replacé en buteur (!), puis de Gonzalo Higuain depuis cet hiver a inscrit 10 buts cette saison avec Chelsea, dont… 9 en Europa Ligue. Contre BATE Borisov, PAOK Salonique, Vidi FC, Malmö et le Dynamo Kiev. Il n’a été titulaire qu’à cinq reprises en Premier League et ses déclarations sur un retour en France révèle qu’il n’est pas dupe de sa situation préoccupante. Meilleur scoreur en activité de l’équipe de France, sa présence en tant que remplaçant d’un autre attaquant plus en forme que lui se justifierait amplement. Sauf que DD le sélectionne comme titulaire, et ne lui prend jamais de doublure – Antoine Griezmann et Kylian Mbappé peuvent évoluer à son poste, mais personne d’autre. Et vu les performances de certains attaquants français, un sentiment d’injustice dans les choix du sélectionneur peut nettement se faire ressentir.

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Evoquons les absents, justement – non, nous n’aborderons pas un certain attaquant du Real Madrid, qui a déclaré ne même plus ambitionner de revenir chez les Bleus. Le plus évident est un autre « Ben », qui n’est pas Hatem Ben Arfa mais Wissam Ben Yedder. Joueur du FC Séville, 6e de la Liga, le Français a inscrit la bagatelle de 28 buts en 44 matchs toutes compétitions confondues. Il est actuellement le deuxième meilleur buteur tricolore de la saison, derrière l’intouchable Kylian Mbappé. Et le cinquième toutes nationalités confondues. Régulier depuis 2012 – au moins 15 buts par saison -, Wissam Ben Yedder semble avoir atteint son apogée à 27 ans, même si sa dernière saison, 22 buts en 44 matchs, était déjà aboutie, et lui avait permis d’être appelé pour la première fois chez les Bleus en mars 2018. L’ancien Toulousain n’avait cependant joué que le dernier quart d’heure d’une défaite contre la Colombie, 3-2, et n’était pas entré en jeu contre la Russie, quelques jours plus tard. Si son profil physique est aux antipodes du privilégié Olivier Giroud, grand dadais qui joue en appui, il devrait faire sa force en permettant au sélectionneur de varier les registres en attaque, en ayant un profil différent et complémentaire de l’indéboulonnable titulaire du poste. Mais DD n’en a cure, et préfère simplement ne prendre personne d’autre en buteur.

Alexandre Lacazette est logé à la même enseigne. Si sa saison est moins réussie que celle de Wissam Ben Yedder, le Gunner peut cependant se targuer d’avoir des stats pas dégueulasses – 14 buts, 7 passes décisives en 36 matchs cette saison – et une « esspérience internationale », comme dirait DD, plutôt significative – 16 sélections. Celle-ci est d’ailleurs avancée pour justifier la présence de certains joueurs en méforme ou de retour de blessure… ou pour justifier l’absence d’autres au top !

C’est en effet par cet argument que la Dèche a expliqué l’absence de Clément Lenglet, titulaire et très bon dans la défense du Barça : « Lenglet a un très bon niveau, mais pas d’expérience internationale ». C’est comme entendre un videur de boîte de nuit nous annoncer qu’on ne peut pas entrer car on n’est pas un habitué. Deschamps aurait pu également ajouter, ensuite : « Kurt Zouma a un niveau quelconque, mais une expérience internationale ». Grâce à ses trois sélections dont zéro titularisation, l’anonyme joueur d’Everton a été préféré au défenseur du Barça en tant que quatrième central, alors que ce dernier a parfaitement comblé dans le onze catalan l’absence sur blessure de Samuel Umtiti. Et lui a pris, peu à peu, sa place de titulaire – bien que le cas de l’ancien Lyonnais soit spécial, puisque le joueur et le FC Barcelone s’opposent sur le traitement de sa blessure au genou.
On ajoute que si Kurt Zouma n’avait pas été choisi, on parie que c’est le roi du check de Crystal Palace, Mamadou Sakho, qui aurait été appelé, lui qui était déjà réserviste au Mondial 2018. C’est un ambianceur carrément créatif et un peu différent d’Adil Rami, en gros.

A Passe D, nous ne sommes pas champions du monde, tout comme vous, lecteurs, et nous n’avons donc pas « l’esspérience » de la Dèche en tant que sélectionneur. Ceci établit, on peut quand même s’interroger sur une logique de sélection qui ne prend pas toujours en compte les performances. Si une équipe nationale ne peut pas être composée des 23 meilleurs éléments du pays, elle ne devrait pas non plus être construite avec une part non négligeable de joueurs sous-performants, ou qui ont la carte, soit un passe-droit que d’autres, méritants, n’ont pas. Wissam Ben Yedder, Clément Lenglet, Aymeric Laporte, Alexandre Lacazette ne l’ont pas, la carte, et certains d’entre eux depuis longtemps. Kurt Zouma, Djibril Sidibé, Steve Mandanda, Mamadou Sakho, Moussa Sissoko, Benjamin Pavard ou encore, à un degré moindre, Olivier Giroud, l’ont eux bien dans la main.

Quant à Layvin Kurzawa, qu’il ne faut pas oublier, il est en passe de l’avoir. Parce qu’être appelé en sélection alors qu’on a joué que dix matchs dans la saison, et qu’on a connu sa première titularisation le 20 février, c’est, malgré les absents notables – Lucas Hernandez, Benjamin Mendy, Ferland Mendy -, plutôt étonnant, non ? Surtout quand le polyvalent Aymeric Laporte, qui peut jouer défenseur central et défenseur gauche, réalise des performances intéressantes depuis le début de la saison. Selon son coach, Pep Guardiola, le Français réalise « quelque chose d’incroyable cette saison, défensivement, offensivement, sur les coups de pieds arrêtés… »
Mais probablement pas selon le champion du monde Didier Deschamps, le seul capitaine du navire.

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