Manchester United : génération Neville, Giggs, Scholes & Beckham

Si aujourd’hui, les jeunes joueurs de Manchester United se nomment Marcus Rashford, Jesse Lingard, Angel Gomes, Mason Greenwood ou Tahith Chong, il fut un temps où la génération dorée des jeunes du club était composée de Ryan Giggs, Paul Scholes, Gary Neville ou encore David Beckham. Une vague de joueurs énormes qui n’a certes pas battu le PSG en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, mais qui a fait l’histoire des Red Devils. Et sur laquelle Passe D a voulu se pencher.



Une génération de héros


26 mai 1999, Camp Nou, finale de la Ligue des Champions. 93e minute de jeu, David Beckham tire un corner. Manchester United, menée depuis la 6e par le Bayern Munich, a égalisé deux minutes plus tôt, à la 91e, grâce à l’opportunisme de Teddy Sheringham, qui a repris une frappe molle de Ryan Giggs pour l’envoyer au fond des filets. Le futur joueur du Real Madrid fouette du pied droit le ballon, qui atterrit sur la tête du même Teddy Sheringham. Sa reprise est décroisée et file hors des buts, mais Ole Gunnar Solskjaer surgit, seul devant les cages d’Oliver Kahn, et dévie le ballon sous la barre. 2-1, les Allemands s’écroulent au sol, personne n’en croit ses yeux. Aujourd’hui, merci au PSG, c’est devenu banal, mais à l’époque, une remontada, et d’autant plus en deux minutes, c’était complètement inédit – mais, déjà, ça avait lieu dans le stade du Barça…

 

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Cette victoire de Manchester United en finale de la Ligue des Champions marque l’avènement définitif d’un groupe de joueurs formés au club, et titulaires, pour la plupart, lors de cette finale. On l’appelle la « Génération 92 », ou « Class 92’ » en english, qui est d’ailleurs le nom du documentaire qui leur a été consacré en 2014, en pleine période dépressive post-retraite de Sir Alex Ferguson. Les héros de ce docu – et de cet article – sont Nicky Butt, Phil Neville, Gary Neville, Paul Scholes, Ryan Giggs et, bien sûr, David Beckham. Tous les six, sauf David Beckham, sont nés ou ont grandit à Manchester ou dans sa banlieue, et tous les six ont éclot chez les Red Devils au début des années 90, sous la houlette d’un coach écossais adoubé par la Reine. Et tous les six ont gagné la Ligue des Champions 1999 au terme d’un match au scénario incroyable.

 

En finale de la FA Youth Cup, en 1992, contre Crystal Palace, le scénario avait été moins incroyable, mais il avait permis de forger le petit groupe qui allait ensuite faire le bonheur de l’équipe première. Les jeunes pousses du club, dirigés d’une main de fer par l’entraîneur Eric Harrisson, avaient mis 6-3 à Crystal Palace lors de la finale, jouée en deux manches. La deuxième rencontre s’était jouée à Old Trafford, devant 14 000 spectateurs. Quand on pense qu’il y a moins de monde au Stade Louis-II toute l’année pour voir Monaco, on peut se dire que c’était déjà un bon début de carrière.

Si le Gallois Ryan Giggs a été le plus précoce à évoluer avec l’effectif des Red Devils, dès 1991, à l’âge de 17 ans, la plupart des joueurs de la Génération 92 sont apparus dans l’équipe A en… 92 – le nom du groupe vous avez mis la puce à l’oreille, avouez. Seuls Paul Scholes et Phil Neville font figure de retardataires : le rouquin a débuté en équipe une en 1994, en même temps que le moins fort des Neville, Phil. Le second, Gary, a d’ailleurs avoué, concernant Paul Scholes, qu’il ne le voyait pas aller si haut : « Il était si petit, si léger. Il n’avait pas beaucoup d’énergie, pas de force, Il avait de l’asthme, il ne pouvait pas courir très loin et il n’était pas très rapide. » Bon, ok, Scholes partait visiblement avec un handicap pas loin d’être rédhibitoire. Mais quel a été le déclic ? « Lors de notre première année en 1992, il ne jouait même pas dans l’équipe de jeunes. Et d’un coup, ça a changé l’année suivante. Je pense que c’est à ce moment-là qu’il a cessé de boire de la bière et de manger des tartes le vendredi. Sa transformation a été incroyable. » On aurait dû s’en douter : la bière, ce fléau britannique. Paul Scholes avait dû prendre exemple sur Bryan Robson, Paul McGrath ou Norman Whiteside, des membres importants du « drinking club » qui sévissait alors dans le vestiaire mancunien. Et puis il a compris que ce n’était pas comme ça qu’on devenait un des meilleurs milieux de terrain de sa génération. Si, selon Sir Alex Ferguson lui-même, l’Anglais fait partie des quatre meilleurs joueurs qu’il ait entraîné – « Je n’ai eu que quatre joueurs de classe internationale. Eric Cantona, Paul Scholes, Ryan Giggs et Cristiano Ronaldo » -, le plus connu et le plus apprécié par le public, ce n’était pas lui. C’était évidemment le métrosexuel David Beckham.

 

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Si l’idole capillaire d’Antoine Griezmann joue son premier match avec les Red Devils en 1992, contre Brighton, en Coupe de la League, elle s’impose dans l’effectif seulement en 1995, après un prêt en D3 lors de la saison précédente. A son retour à Man Utd, Sir Alex Ferguson fait confiance à David Beckham, ainsi qu’aux autres joueurs de la Génération 92, pour palier le départ de quelques cadres, dont Andrei Kanchelskis, le meilleur buteur et passeur en titre des Red Devils. Le joueur s’impose peu à peu sur son côté droit, à l’opposé de Ryan Giggs, et brille grâce à quelques coups d’éclat, dont un but du milieu de terrain qu’il inscrit en 1996, lors d’un match de championnat contre Wimbledon – victoire 5-1, à un but près on aurait pu faire une plaisanterie sur le tennis.
Son plus gros coup d’éclat, cependant, est de devenir le mari en 1999 de la star mondiale Victoria Adams, dite « Posh », membre de l’ultra-populaire groupe Spice Girls – les Beatles version meufs et nulle. Sous l’influence de sa femme, initialement plus connue que lui, David Beckham devient, au début des années 2000, une superstar mondiale et l’homme-sandwich par excellence, qui change de coupes de cheveux toutes les cinq minutes et attire en nombre les annonceurs – Pepsi, H&M, Emporio Armani… L’Anglais incarne aussi et surtout le terme « métrosexuel », qui désigne une nouvelle vague d’hommes hétéros qui passent plus de temps que leur compagne devant la glace, pour s’épiler le torse et se badigeonner de crèmes exfoliantes.

Entre 1996 et 2003, si le droitier collectionne les trophées collectifs avec Man Utd, il devient aussi peu à peu « plus grand que le club », pour reprendre une formule que Sir Alex Ferguson avait utilisée pour justifier le départ de Cristiano Ronaldo au Real Madrid, en 2009. En février 2003, la relation entre le joueur et son coach se refroidit complètement, lors d’une défaite contre Arsenal, quand Fergie ouvre l’arcade de Beckham dans le vestiaire en lui balançant par inadvertance une chaussure à crampons à la figure. L’été qui suit, l’Ecossais accepte alors de lâcher la star au club de Florentino Pérez, qui les collectionne, pour 37,5 millions d’euros, grosse somme pour l’époque. Le coach de MU a manifestement eu du flair : pourtant pas très vieux lors de son transfert – il a 28 ans -, David Beckham ne retrouvera jamais en Espagne le niveau qu’il avait sous la houlette de l’Ecossais, à Manchester United. Il faut se rappeler que malgré ses limites, David Beckham a été deuxième du Ballon d’Or en 1999, quatrième en 2001, et meilleur footballeur de l’année 1999 selon l’UEFA, signe que Sir Alex savait parfaitement l’utiliser, et que lui-même évoluait à un très haut niveau en Angleterre. Avec le Real, il ne gagne qu’un seul championnat en quatre ans, et une pauvre Supercoupe d’Espagne. Indéniablement, par contre, il développe son image grâce au rayonnement du club espagnol à travers le monde, ce qui l’aidera à traverser l’Atlantique pour rejoindre l’Amérique et Los Angeles, en 2007.

Le quatrième capitaine le plus capé des Three Lions n’est pas le seul, parmi la Génération 92, à avoir quitté le navire mancunien en cours de route. Et contrairement à d’habitude, ce ne sont pas les meilleurs qui sont partis en premier : Phil Neville a quitté l’effectif de Sir Alex, dans lequel il ne s’est jamais réellement imposé, en 2004, pour rejoindre Everton, où il a terminé sa carrière en tant que capitaine. La même année, Nicky Butt, le milieu de terrain discret de la Génération 92 et qui a été régulièrement le remplaçant de Roy Keane et de Paul Scholes, a filé à Newcastle United. Seuls Paul Scholes, Ryan Giggs et Gary Neville n’ont jamais bougé des Red Devils, battant à plate couture la concurrence et s’imposant, aussi, comme les tous meilleurs au monde à leur poste – pour les deux premiers cités, surtout.

Ces trois-là ont été des acteurs majeurs de la domination de Manchester United durant les années 90 et surtout 2000, décennie où les hommes de Sir Alex Ferguson remportent notamment six fois la Premier League – 2000, 2001, 2003, 2007, 2008, 2009 – et une fois la Ligue des Champions – 2008. Ryan Giggs, longtemps le joueur le plus titré de l’histoire du football avant d’être dépassé par Dani Alves, y est prépondérant, au point d’être élu meilleur joueur de l’histoire du club en 2011. Année où, coïncidence ou pas, la belle-sœur du Gallois avoue que l’ailier gauche lui a mis quelques lucarnes durant ces huit dernières années… Paul Scholes, qui n’a pas de frère mais une sœur, était lui particulièrement apprécié de ses pairs. Dont un certain Zinédine Zidane : à la question « Qu’est-ce que ça fait d’être le meilleur milieu de terrain européen ? », le Français a répondu : « Je ne sais pas. Allez demander à Paul Scholes. » Pas mal, comme hommage.

Chez le gaucher gallois, la fidélité au club a même survécu à sa retraite, en 2013, à l’âge de 40 ans : Ryan Giggs a immédiatement été entraîneur adjoint du club de 2013 à 2016, au côté de Louis Van Gaal, et avant, de David Moyes. Il remplace d’ailleurs ce dernier durant quatre matchs, en tant qu’entraîneur principal, et en profite pour se faire rentrer en jeu lors de la dernière rencontre de sa carrière – oui, on voit plus régulièrement ça en district, là c’était dans l’un des plus grands clubs du monde.
A son sujet, le Hollandais de 67 ans a déclaré qu’il espérait que Giggs soit « le prochain manager » de Manchester United, à son départ. Cela n’a pas été le cas. Mais, l’exemple Ole Gunnar Solskjaer aidant, le Gallois peut l’espérer pour l’avenir. Et pour boucler définitivement la boucle de la Génération 92 de Manchester United.

 

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