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Pronostiqueurs professionnels : la nouvelle jungle des paris en ligne

Boostés par les nouvelles technologies, les paris sportifs investissent la vie des passionnés, du football aux fléchettes. Mais, plus que ceux qui misent, ceux qui conseillent ces parieurs s’offrent une place au soleil. Les premiers gagnent le droit de jouer, les autres… d’encaisser ? Tour d’horizon de ce phénomène en pleine expansion, à quelques jours de l’ouverture du Mondial, un jackpot attendu par beaucoup.

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Du gazon futé au gazon maudit,
il n’y a qu’un pas

 

« Un diable ne fait pas l’enfer. » Il paraît que ce proverbe se dit, de l’autre côté des Alpes, avec l’œil grave, l’air sentencieux et les « r » qui roulent d’outre-tombe. On est tenté d’y croire. Car il faut être, au moins, un de ces vieux ritals au menton en galoche et au museau usé à force de grommeler Dante, sa fichue Divina Commedia ânonnée sur les bancs de l’école, pour connaître un peu ces choses de l’enfer. Bien plus que porter une bure monacale, un sourire angélique et des souliers bigots. Un diable ne fait pas l’enfer, non. Mais ces vieux des Pouilles ou du Piémont vous le marmonneront entre deux jurons : il y mène.

diable argent

 

Les paris en ligne, de l’addiction au professionnalisme

Ce diable, il porte beaucoup de noms. Et lorsqu’il chausse ses crampons puis titille le cuir avec sa fourche, il tient en quelques mots : « Les paris en ligne. » C’est Louis Saha, l’ex-international tricolore, qui en parlait, cette année, dans les colonnes de L’Équipe. Et ces paris n’ont plus grand-chose à voir avec notre papy à casquette azzurra, tifoso du Napoli, qui va cocher sa grille de Totocalcio au coin d’une rue défraîchie. « Pas besoin de se déplacer et personne n’est au courant, analyse Saha. Des sommes astronomiques sont dépensées et perdues en un week-end. Les joueurs misent gros par appât du gain ou par envie de se faire plaisir, mais aussi pour devenir plus riche que les autres. Ça peut se résumer à un problème d’ego. »

Alors, non, calmons-nous : poser dix balles sur la victoire de l’Olympique de Marseille en finale de l’Europa League n’a pas dû tuer grand monde. Mais lorsque ces dix euros se transforment en milliers, qu’à la passion succède l’addiction, le diablotin devient un drôle de démon.

 

Un démon que certains ont appris à dompter. Eux les ont posés, ces milliers, et avec succès. Au point qu’ils sont devenus des références en matière de paris sportifs. Leurs conseils se monnaient, devenant un vrai business model. Arnaud Rael fut l’un deux. Dans une interview pour So Foot, en 2014, il détaillait sa vie de parieur professionnel, installé au Costa Rica. Une vie faite de « trois à quatre heures de travail par jour, entre la préparation, le match et les live ».

Sa réussite, il l’a optimisée grâce à ses propres outils et des principes bien définis : « Une gestion de capital très rigoureuse ; ne pas jouer sur des zones possiblement truquées ; ne pas jouer sur les petites cotes. Parce qu’être à 80 % de réussite sur des cotes moyennes à 1,20, ce n’est pas rentable. Il faut être capable d’évaluer sur quelle cote moyenne minimum tu dois jouer par rapport à ton taux de réussite moyen, pour savoir si tu es rentable. Moi, par exemple, je suis à 55 % de réussite. Donc en dessous d’1,80, ça ne me sert pas. » Cet exorciste, qui chasse le démon à coups d’équations et de tableurs Excel, évoquait à l’époque entre 1 500 et 5 000 euros de gains mensuels… auxquels s’ajoutaient les éventuels revenus de son site, Beatzebook, créé pour s’offrir un peu de visibilité, « éduquer les parieurs » et répandre sa parole prophétique.

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847 millions de mises au premier trimestre 2018

Au premier trimestre 2018, l’ARJEL (Autorité de régulation des jeux en ligne) avait relevé un total de 847 millions d’euros de mises, soit une augmentation de 34 % sur un an. L’essor constaté –probablement encore accru prochainement, durant la Coupe du monde– génère cet autre boom, se greffant à celui des parieurs : les conseils aux parieurs. Parmi eux, les professionnels du pari, à l’image d’Arnaud Rael, une espèce rare et fantasmée, généralement exilée pour fuir tant la fiscalité française qu’une régulation trop contraignante, nuisible aux cotes comme à la variété des paris.

Mais également des journalistes et chroniqueurs omniprésents dans le PAF du ballon rond, de Pierre Ménès pour Unibet à Jérôme Rothen ou Éric Di Meco pour « Les paris RMC », en passant par Julien Cazarre, Vikash Dhorasoo ou Raymond Domenech pour Winamax. Des figures dont la popularité, la notoriété et l’impact médiatique ont des bases tellement cimentées que la qualité de leurs conseils, diluée dans la foultitude des réussites et des échecs, devient quasi secondaire. D’autant que ces emblèmes des sites et émissions de paris, proposant des bonus ou boostant des cotes, ne se cantonnent pas au seul rôle de chuchoteur plus ou moins avisé.

 

Et puis, le grand foutoir des réseaux sociaux a engendré une multitude de pages et comptes visant à s’en mettre plein les poches. K James, par exemple : 87 000 followers sur Twitter, 630 000 likes sur Facebook, une présence sur Snapchat… Fait-il vraiment gagner de l’argent ? On ne le saura pas. Ses sources de revenus ? On peut les supposer : affiliation, bannières, contrats avec des sites de paris… Un modèle répliqué par dizaines : KBS Pronos et ses 70 000 suiveurs sur Facebook, la petite mais fidèle communauté de 5 000 personnes de Pronos Bet…

pronos K James

Une jungle brouillonne, à l’orée de l’enfer, de laquelle émerge tout de même quelques voix plus audibles, des Jiminy Cricket du pognon sauvegardé et du salut trouvé. Sur Club Pronostics, par exemple, on met en avant les meilleures cotes, on cherche les bons coups et, surtout, on classe ces fameux conseillers. En Ligue 1, sur la saison 2017/2018, on saura que Nadim Nourredine est l’homme à suivre pour ménager son banquier : 364 pronostics, 51,1 % de réussite, des cotes moyennes à 2,38 et un retour sur investissement de 6,5 %.

 

« Bien étudier, bien choisir ses matchs et contrôler son budget »

Sur ce type de plateformes, on éduque le parieur plus qu’on ne le commande, ainsi que l’affirmait Arnaud Rael. Julien Mirabel, créateur de Pronostip, résume ainsi les conseils fondamentaux de cette éducation : « Adopter un jeu responsable sans énorme prise de risque car les pertes pourraient être lourdes pour les parieurs compulsifs ; bien étudier, bien choisir ses matchs et contrôler son budget. » Et chercher les « value bets », ces cotes anormalement élevées, qui bénéficient d’une mauvaise estimation des bookmakers.

 

Oui, c’est avec rigueur et rationalité qu’on évite l’autodafé de ses biffetons… parfois. Car, de l’enfer, un diable guette toujours –et même les meilleurs. « Je me souviens encore d’un match de tennis opposant Marion Bartoli à une joueuse dont j’ai oublié le nom, se souvient un parieur professionnel dans un témoignage relaté sur le site Libelille. Bartoli était favorite, elle mène 1 set à 0 et fait le break dans le deuxième set. Selon moi, le match est plié et, pourtant, je vois la cote de Bartoli à 1,25, […] largement au-dessus par rapport à ce qui se passait. C’était l’occasion de faire 2 500 euros de gains sans risque, je mise donc 10 000 euros sur elle. Dès lors, le match s’est complètement renversé. Bartoli perd son break, puis le set. Vous n’imaginez pas mon état à cet instant au vu de la somme engagée ! […] Au final, elle perd le match. Je pense qu’elle a dû se blesser. »

argent parti en fumee

 

S’il avait tendu l’oreille, peut-être aurait-il entendu un papy napolitain ricaner dans sa barbe, en remplissant son Totocalcio à l’ombre du Stadio San Paolo.

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« La moitié des clubs anglais n’a plus besoin des spectateurs pour engendrer des profits. » Vous qui allez au stade régulièrement, il va falloir vous y faire : vous n’êtes plus essentiels au fonctionnement des clubs de foot. Si ce n’est pour avoir des tribunes pleines qui rendent bien dans la petite lucarne. Le fan serait-il donc devenu inutile ?

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Attention, jouer comporte des risques.

 

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