Modric est-il vraiment le meilleur joueur du Mondial ?

Modric est-il vraiment le meilleur joueur du Mondial ?

À l’issue de la finale du Mondial, perdue par la Croatie (2-4) face à la France du Meilleur jeune du tournoi, Kylian Mbappé, Luka Modric a reçu le prix du Meilleur joueur. Cette récompense a donc célébré un perdant. Or, la vraie question est la suivante : un loser peut-il être le meilleur ?

 

Luka Modric, l’esthète des Balkans, récompensé par consolation ?

 

Ce débat n’est pas inédit et revient sur le devant de la scène à peu près chaque année, au moment de l’élection du nouveau Ballon d’or. Qui n’est plus très « nouveau » depuis 2008 et la domination de Ronaldo et Messi, d’ailleurs rentrés à la maison dès les huitièmes de finale, cet été. En 2010, le sacre de l’Argentin avait provoqué un tollé : comment un joueur qui n’avait remporté que la Liga pouvait-il être élu Ballon d’or devant Xavi Hernandez et Andres Iniesta (vainqueurs de la Coupe du monde et de la Liga) et, surtout, devant Wesley Sneijder (triplé Ligue des champions-Serie A-Coupe d’Italie et finaliste du Mondial) ? En 2013, rebelote : Franck Ribéry gagne tout (Ligue des champions, Bundesliga, Coupe et Supercoupe d’Allemagne) mais arrive 3e derrière CR7 (Supercoupe d’Espagne) et Messi (Liga). Lors de la Coupe du monde russe, les Français, vainqueurs du trophée en marquant 4 buts en finale, peuvent se sentir lésés de ne pas y avoir, en plus, récupéré la plus haute récompense individuelle.

 

On pourrait voir dans ces choix controversés, et notamment dans le cas de Luka Modric, l’opposition entre deux philosophies : le romantisme et le pragmatisme. Vaut-il mieux bien jouer et perdre ou gagner en jouant mal ? Durant le tableau final du Mondial, l’équipe de Modric a gardé la balle pour se faire plein de passes, en attendant d’aller au tour suivant et de marquer en prolongation (demie) ou après une séance de tirs au but (huitième, quart). Les Bleus de DD, eux, ne dominaient personne mais plaçaient constamment des contres dévastateurs, avec une réussite maximale devant des gros clients comme l’Uruguay ou la Belgique. C’était autre chose que le Danemark de Martin Braithwaite, 4 buts en L1 cette saison à Bordeaux, ou que des Russes limités bien que chargés comme des mules.


En finale, la Croatie romantique de Modric a donc eu 65 % de possession, a tiré 15 fois au but, a fait 548 passes, soit 279 de plus que la France (269)… mais a pris 4 pions. Dont deux en première mi-temps, période où les Bleus ont marqué deux fois en shootant à une seule reprise au but, un penalty de surcroît (donc à moins de ne pas le tirer, c’est assurément une frappe, dans les stats). La Croatie et le Madrilène étaient beaux, peut-être, mais ils étaient très inefficaces, surtout.


Si l’on doit se rendre à l’évidence, on peut concéder que Luka Modric n’a pas fait une mauvaise compétition, loin s’en faut. Elle a été bonne, même si ses statistiques individuelles ne sont vraiment pas renversantes : le numéro 10 a délivré une (seule) passe décisive, contre la Russie, en quart de finale, a marqué un penalty contre le Nigeria et une jolie frappe contre l’Argentine. Mais vu la tronche de la défense albiceleste –Caballero, Tagliafico, Mercado–, ce but doit-il réellement être comptabilisé ? En outre, ces réalisations ont été inscrites en phase de poules : une fois atteinte la phase à élimination directe, la tension est montée d’un cran et le capitaine des Vatreni a été plus discret.

Quoique, ce n’est pas totalement vrai : en huitième contre le Danemark, le joueur du Real s’est fait remarquer en loupant un peno face à un gardien fantôme (Kasper Schmeichel) qui joue à Leicester, 9e de Premier League. Dans le même temps, Antoine Griezmann a, lui, converti les trois penaltys qui lui ont été offerts au cours de la compét’, dont un lors de la rencontre ultime. Quand l’un maîtrise ses nerfs pour amener son escouade vers la victoire, l’autre maîtrise uniquement la possession de balle et se prend une branlée en finale.

Le verdict est donc imparable, que vous le vouliez ou non : le titre de Meilleur joueur de la Coupe du monde aurait dû revenir à Raphaël Varane, qui marque en plus de défendre, ou à Antoine Griezmann, qui défend en plus de marquer. Et puis, l’un comme l’autre, ils sont champions du monde, eux. Avec ou sans la possession de balle.

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© Эдгар Брещанов – Twitter OptaJean – Instagram modricarmy – YouTube FIFATV